Irish  Coffee  et  Hydravions

Irish coffee et hydravions/déambulations européennes

Touche finale à un Irish Coffee - ph. Foynes Flying Boat and Maritime Museum 

Hydravion B314/Irish coffee et hyadravions/Savourezs

Réplique d'un hydravion Boeing 314 Clipper de la Pan Am - ph. Foynes Flying Boat   

and Maritime Museum

"La crème,  riche comme l'accent irlandais

Le café, fort comme une main amicale

Le sucre, doux comme les mots d'une crapule 

Le whiskey, suave comme la terre". 

Définition de l'Irish Coffee par son inventeur Joe Sheridan

Sur l’estuaire du Shannon, le modeste aérodrome de Foynes  -  L’histoire commence dans un aérodrome irlandais, situé à Foynes, petit port de pêche posé sur l’immense estuaire du Shannon, à l’extrême ouest de l’Irlande, dans le comté de Limerick. Par sa situation et un concours de circonstances exceptionnels, Foynes fut le premier aéroport civil et commercial - passagers, frêt et courrier - d'Europe pendant les années 1937 à 1945. Servant de plateforme aux hydravions  de la PanAm, d’ American Export Airlines et de la BOAC - British Overseas Airways Corporation,  -  il devint, sous la pression des événements, le centre névralgique de l’aviation pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le village, le port et l'aérodrome connurent une période prestigieuse mais hélas très brève, à la fois à cause de la guerre, des progrès réalisés dans le transport aérien transatlantique et de l’achèvement à la fin de la guerre du nouveau et très moderne aéroport projeté à Shannon, à quelques kilomètres de là. 

En effet, le choix de Foynes, qui peut paraître étrange, est lié au retard pris dans la construction de cet aéroport dont l’emplacement avait été choisi pour être le point d’entrée des vols entre l’Amérique du nord et l’Europe par les ingénieurs américains, dans le but de capter le prometteur trafic transatlantique. En attendant la fin des travaux et l’arrivée d’avions adaptés, Foynes brilla sous les feux de l’actualité d’une époque extraordinaire, bien que dangereuse, pendant une poignée d’années.

Détails historiques et techniques intéressants - Quand la Pan American Airways - plus tard PanAm - souhaita s’implanter en Europe, elle s’adjoignit la précieuse collaboration de l’aviateur Charles Lindbergh pour détecter des lieux propices aux atterrissages. C’est donc au cours d’un vol  d'arpentage le long des côtes de l’Atlantique en 1933, que Lindbergh remarqua le fleuve Shannon se jetant dans l’océan. On sait qu’à cette époque encore, un pilote se repérait à l’œil, les outils de navigation étant encore rudimentaires. Son choix fut validé pour l’exploitation d’hydravions. Il y eut donc quatre années d’essais, avec des vols reliant Foynes à Terre-Neuve, pendant lesquelles les spécialistes s’efforcèrent de gagner en temps de vol et en perfectionnement technologique. Un terminal fut commencé en 1935 et  les premiers vols transatlantiques s’opérèrent depuis Foynes le 5 juillet 1937 avec un PanAm Sikorsky S-42 jusqu’à Terre-Neuve et un BOAC Short Empire. Puis des vols vers New York, Southampton,  Montréal  et  Lisbonne suivirent.   Et c’est ainsi qu’en 1938, un des plus 

Irish coffee et hydravions/déamblations européennes

La Tour de contrôle en 1937

Ch.Lindbergh/Irish coffee e hydravions

Charles Lindbergh devant Le Spirit of Saint Louis

Sikorsky 1934/Irish Coffee et hydravions

Un Sikorsky S-42 Clipper de la PanAm en cours de ravitaillement

gros aéronefs de l'époque, le luxueux hydravion Boeing B314 Clipper de la PanAm baptisé par Eleanor Roosevelt en personne - fit la navette entre l’Europe et l’Amérique, à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. Les B314 - à classe unique - possédaient un salon, une salle à manger pour 14 personnes, une suite nuptiale et les galleys  étaient dirigés par des stewards expérimentés. Chaque vol du B314 comptait en moyenne 11 membres d'équipage. Les hommes et les femmes disposaient de cabines séparées, et l’on servait des repas de cinq plats avec nappes, cristallerie et couverts en argent. Le niveau de confort était élevé car certains des vols de Foynes à Botwood (Terre-Neuve) duraient jusqu'à... 17 heures. Coût d’un aller simple 375 $, soit environ 6900 $ actuels… 

Parmi les “happy few” qui empruntèrent ces lignes maritimes,  il y eut des personnalités politiques comme Lord Mountbatten ou John F. Kennedy ; royales, comme la Grande-Duchesse Charlotte du Luxembourg,  la reine Wilhelmine des Pays-Bas, le roi Georges de Grèce ; littéraires comme Ernest Hemingway et bien sûr des acteurs de cinéma tels que Douglas Fairbanks, Humphrey Bogart, Edward G. Robinson ou la très belle Merle Oberon ainsi que Marilyn Monroe accompagnée de son mari l’écrivain Arthur Miller.

Il n’y eut pas que la PanAm et la BOAC qui amérirent à Foynes, En juillet 1938 un hydravion Latécoère 521 d’Air France d'une capacité de 30 passagers,  y fit aussi escale. Cependant, après septembre 1939, la guerre stoppa net l'activité transatlantique d'Air France.

Marylin Monroe/Irish coffee et hydravions/déambulations européennes

Le chef Joe Sheridan servant des Irish Coffees à Marilyn Monroe et à Arthur Miller

Irish coffee et hydravions/déambulations européennes

De gauche à droite

John F.Kennedy - Merle Oberon Ernest Hemingway - Humphrey Bogart

ph. Foynes Flying Boat   

and Maritime Museum

Hydravion Latécoère/Irish coffee et hydravions

L'hydravion Latécoère 521 d'Air France à son arrivée à Foynes 

ph. Foynes Flying Boat  and Maritime Museum

La création géniale de l’Irish Coffee -  En 1943, le gouvernement nomma un spécialiste de l’hôtellerie Brendan O'Regan comme responsable de la restauration du terminal. Conscient de l'image que les Irlandais devaient présenter aux visiteurs étrangers, celui-ci  redécora le restaurant pour lui donner un réel caractère irlandais. Il éleva le niveau de la cuisine proposée et recruta un chef débrouillard, Joe Sheridan.

A l'hiver 1943, tard dans la nuit, un hydravion quitta Foynes pour Terre-Neuve. Après avoir volé plusieurs heures par gros temps, le capitaine  décida de retourner à Foynes pour attendre des conditions météo  plus sûres. Un message fut envoyé à la tour de contrôle pour les informer du retour. Le personnel fut rappelé et les passagers  dès l’atterrissage furent conduits  au restaurant. La jeune responsable de l’escale voulant remonter le moral des passagers terrifiés par les turbulences qu'ils venaient de vivre, et faire ainsi baisser la tension générale, ordonna à Joe de leur préparer un “special coffee”. 

Irish coffee et ydravions/déambulations européennes

Le doué Joe Sheridan

L’imaginatif Joe Sheridan  eut l’idée de les réconforter à sa manière. Pour réchauffer leur âme en détresse, il leur concocta un café très chaud avec du sucre roux mélangé à une bonne dose de whiskey - whiskey est l’orthographe consacrée pour désigner le whisky irlandais - et couronna le tout d’un nuage de crème épaisse mais fluide, (que l’on nomme “double cream”.). Un passager, délicieusement surpris, s’ approcha du chef et le félicita pour ce “merveilleux café”, lui demandant s'il utilisait du café brésilien. Joe  répondit en plaisantant : "Non, c'est du café irlandais !" (No, that’s an Irish Coffee !)  Quelques jours plus tard, il peaufina son invention en présentant l’ Irish Coffee dans un verre à pied, ce qui à ses yeux avait beaucoup plus d’élégance. Brendan, son patron trouva l’idée "genious".

Foynes/Irish et hydravions/déambulations européennes
Irish coffee et hydravions/déambulations européennes

Les ingrédients pour confectionner un Irish Coffee. ph. esquire.com

Comment préparer un authentique Irish Coffee ? 

Il convient de procéder en suivant ces étapes après s’être assuré de la qualité des ingrédients.

Première étape : utiliser un verre épais, à pied ou à anse, qui conservera bien la chaleur ; le chauffer  en le remplissant d'eau bouillante pendant 5 secondes, puis jeter l'eau. Deuxième étape :  déposer 1 cuillère à café de sucre roux de canne et une bonne mesure de whiskey* irlandais dans le verre chauffé. Il existe de nombreux et excellents whiskeys, par exemple le Bushmills Black Bush, le Jameson Black Barrel, le Midleton (un des plus parfumés qui soient), le Connemara Original, le John Sullivan ou le Kilbeggan Traditional. Il n'y a que l’embarras du choix. Troisième étape : remplir le verre jusqu'à 1 cm du bord avec du café noir chaud et fort, en n’oubliant pas la recommandation du célèbre Talleyrand : “Noir comme le diable, chaud comme l'enfer, pur comme un ange, doux comme l'amour.”   Bien mélanger le tout pour obtenir un liquide homogène. Quatrième étape - et non des moindres -  verser délicatement la crème onctueuse à l’aide du dos d'une cuillère afin qu'elle flotte au-dessus du café. Déguster la préparation telle quelle. Le secret d’une saveur optimale provient du goût du café et du whiskey à travers celui de la crème. Et, comme ils disent en gaélique : “Slàinte !” (Santé !)

Attention : La recette originale de l’Irish Coffee bannit la crème fouettée. Si, malgré cela, vous insistez pour qu'elle le soit - j’ai vu avec horreur, sur une chaîne vidéo, un prétendu spécialiste déposer de la chantilly en bombe ! - vous vous exposez à en récolter une “touffe” sur le bout du nez.  Pas terrible pour séduire sa voisine !

Delphine d'Alleur - 2021

*A consommer avec modération

Sitographie